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Maintien de la paix : Le contexte canadien

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par John E Trent

Les Canadiens étaient présents aux débuts du maintien de la paix. Vous pourriez dire que le maintien de la paix est dans l’ADN canadien. Il est similaire à la diplomatie, à la médiation, à la conciliation et à la compréhension des points de vue d’autrui dans un contexte international : nous sommes justement bons – ou nous l’étions. Regardons le l’historique, la situation complexe actuelle et, finalement, la position actuelle embarrassante du Canada.

Au plus fort de la crise du canal de Suez en 1956, alors que nos alliés envahissaient l’Égypte, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lester B. Pearson, proposait une résolution à l’ONU visant à créer une force de maintien de la paix pour séparer les belligérants et aider la France et la Grande Bretagne à sortir du conflit. En tant qu’ancien président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Pearson a été écouté. Il n’a fallu qu’une semaine pour créer la Force d’urgence des Nations Unies (FUNU) et, en fait, pour sauver une situation critique à l’époque. Aujourd’hui, cela peut prendre jusqu’à un an pour mettre une force d’urgence sur le terrain. Pearson et le secrétaire général Dag Hammarskjöld ont ensemble défini les paramètres d’un nouveau type de force qui n’était même pas envisagé par la Charte des Nations Unies. Il serait fondé sur les principes et les pratiques du consentement des belligérants, le contrôle, la neutralité, le non-recours à la force et les casques bleus légèrement armés.

De telles opérations de maintien de la paix auraient l’avantage multiple d’être impartiales, d’être des artisans de la confiance dans les zones de conflit, d’assurer la transparence et d’établir et de surveiller une zone tampon. Elles ont été conçus pour combiner une imposition de la paix avec des moyens militaires, tout en conservant des négociations pacifiques. Elles sont devenus une activité phare des Nations Unies.
Dans les années 90, le Conseil de sécurité est allé au-delà de la tâche étroite consistant à « maintenir la paix » et a réellement utilisé la force pour « faire la paix » ou « faire respecter la paix ». Plus récemment, une troisième génération d’opérations, les opérations de « consolidation de la paix » multidimensionnelles ont vu le jour, incluant non seulement l’application de la paix mais aussi un soutien international à long terme pour le réaménagement des institutions et des finances dans les États défaillants et le suivi des élections.

Cette approche multidimensionnelle vise à faciliter le processus politique, à protéger les civils, à promouvoir les droits de l’homme, à soutenir les élections, à rétablir l’état de droit et à aider au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration des anciens combattants. Dans la plupart des cas, les opérations de paix doivent surmonter des guerres civiles.

Le maintien de la paix est devenu un élément essentiel de la sécurité internationale dans un monde globalisé. C’est pourquoi un sondage CTV d’octobre 2016 a révélé que près de 70% des Canadiens appuyaient le déploiement de forces canadiennes dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies.

En août 2017, il y avait 16 missions dirigées par les Nations Unies sur le terrain pour un coût annuel de 8,2 milliards de dollars américains. Elles comprennent 112 000 militaires, administrateurs civils et policiers. Ainsi, le Département des opérations de maintien de la paix du Secrétariat de l’ONU supervise désormais plus de personnel sur le terrain que n’importe quel pays. Pendant des années, le Canada a fourni le contingent le plus important. Mais depuis les années 1990, les effectifs du Canada ont diminué à 30 militaires et 58 policiers. Nous occupons maintenant le 71ème rang parmi les contributeurs. C’est sans doute pour remédier à cette situation embarrassante que le gouvernement Trudeau a promis, il y a plus d’un an, de créer un contingent de 600 militaires et 150 policiers avec un budget triennal de 450 millions de dollars canadiens. Apparemment, il y a eu plusieurs demandes de l’ONU, mais au moment de la rédaction du présent article (octobre 2017), le Canada n’a toujours pas envoyé de contingent pour remplir sa promesse. Ceci en dépit du fait qu’en novembre 2017, le Canada accueillera le 3ème Forum ministériel des Nations Unies sur le maintien de la paix à Vancouver, auquel participeront des centaines de délégués du monde entier.

Voilà donc le contexte de l’expérience canadienne en maintien de la paix – passée, présente et future. Il y a des arguments convaincants pour que le Canada fasse plus pour s’acquitter de ses responsabilités. Le monde et l’ONU requièrent notre soutien. Nous avons des capacités spéciales. Le Canada n’a jamais été un colonisateur. Nos forces parlent deux langues et sont entraînées tant pour la paix que pour la guerre. Nous pouvons gérer les communications modernes. Nous avons les avions, les hélicoptères, le transport terrestre et le personnel spécialisé. Partout dans le monde, les gens n’hésitent pas à accueillir les Canadiens, surtout lorsqu’ils en ont besoin. En faire plus rendra les Canadiens fiers.

Dans une entrevue publiée le 28 septembre 2017, les journaux The Globe et Mail ont demandé à l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pourquoi le Canada n’avait pas réussi à obtenir un siège au Conseil de sécurité en 2014 ? Il a répondu que les membres de l’ONU n’appréciaient guère la politique étrangère de notre ancien premier ministre, Stephen Harper. Puis il a ajouté : « J’espère que le Canada pourra être élu la prochaine fois (en 2019, pour un siège de deux ans en 2020-21). C’est l’attente générale. Le premier ministre Trudeau a été perçu comme une porte-parole de la communauté internationale sur les questions humanitaires, de paix et de sécurité et même sur les questions de réfugiés ». Nous devons noter que l’ancien secrétaire général a précisé les questions de paix et de sécurité. Justin Trudeau et les libéraux devraient également le noter. Comment pouvons-nous tenir tête, comment pouvons-nous répondre aux attentes internationales, si nous ne respectons pas rapidement nos promesses de fournir des soldats de la paix, des politiques, de l’argent, de l’équipement et une formation de haut niveau. Ce n’est qu’alors, comme l’a promis Trudeau, que nous pourrons affirmer que « le Canada est de retour ».

Dans cette courte publication, nos auteurs expliquent le pourquoi et le comment du maintien de la paix. L’ancien ministre des Affaires étrangères du Canada, Lloyd Axworthy, fait le lien entre le maintien de la paix et les problèmes de réfugiés et de migration. Le professeur Jocelyn Coulon, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères, nous explique pourquoi le Canada devrait envoyer sa mission de maintien de la paix au Mali. Monique Cuillerier des Fédéralistes mondiaux discute du Plan d’action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité. Le président de WFM – Canada, le professeur Walter Dorn, parle du passé du Canada en matière de maintien de la paix et de la nécessité de respecter ses engagements actuels. Peter Langille, un penseur de premier plan sur les défis rencontrés par l’ONU, discute des forces permanentes et du déploiement rapide. L’ancienne ambassadrice du désarmement, Peggy Mason, parle des avantages comparatifs de l’organisation des Nations Unies en tant que gardienne de la paix. Et Beth Woroniuk discute de la façon dont l’ONU peut faire plus pour lutter contre les abus sexuels au sein des opérations de paix. Mais tous ces sujets de pointe ne devraient pas nous empêcher d’élever la voix pour rappeler au gouvernement la responsabilité du Canada en matière de maintien de la paix.


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