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Canada : déploiement rapide ou retards de routine ?

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par Dr H. Peter Langille

Nous avons au moins fait un commencement à l’époque. Si nous ne construisons pas quelque chose de plus fort et permanent sur cette fondation, nous ignorerions une fois de plus la réalité, rejetterons des opportunités et trahirons notre confiance. N’apprendrons-nous jamais ? – Lester Bowles Pearson, “The Four Faces of Peace”, Conférence du prix Nobel, Oslo, 11 Décembre 1957.

Alors que nous passons le cap du 60ème anniversaire de la Conférence du prix Nobel de Lester Pearson, les canadiens ont appris qu’ils étaient « de retour » au sein du club des Nations Unies, au travers d’un engagement de 600 militaires, 150 policiers et 450 millions de dollars en support des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Au sein de l’ONU, les espoirs étaient élevés. Le Canada, autrefois chef de file des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, est urgemment requis afin d’éviter une guerre plus profonde au Soudan du Sud, de combler les lacunes en République Centrafricaine, de soutenir la stabilisation du Mali ou d’aider d’autres opérations des Nations Unies.

Ce n’était pas tellement que la promesse de 600 militaires qui était impressionnante. Selon la pratique de l’ONU, c’est modeste. L’enthousiasme canadien reposait d’abord sur la possibilité que nous apportions aussi des atouts indispensables (ce que les Nations Unies appellent des catalyseurs essentiels) dans le transport aérien stratégique et tactique, le génie militaire, un hôpital de campagne mobile et même des hélicoptères. Deuxièmement, le Canada était autrefois réputé pour ses réformes novatrices en matière de maintien de la paix, pour ses idées et son expertise, en particulier dans les domaines connexes de la planification opérationnelle, de la formation, de la consolidation de la paix et du déploiement rapide.

Le déploiement rapide est important, surtout si l’ONU veut améliorer la prévention des conflits et la protection des civils. En l’absence d’une réponse rapide, les conflits ont tendance à s’intensifier et à se propager, ce qui entraîne un allongement de la durée, de l’ampleur et de la réactivité des opérations, le tout à des coûts plus élevés, ce qui retarde les perspectives de désarmement et de développement.

Si le gouvernement du Canada veut être « de retour » au sein des opérations de paix de l’ONU, en mettant l’accent de manière crédible sur le déploiement rapide et la prévention des conflits, deux questions clés sont « comment faire maintenant » et « qu’est-ce qui serait nécessaire » ?

Les étapes suivantes méritent considération :

1) Le maintien de la paix des Nations Unies doit être érigé en priorité de défense nationale, comme l’ont recommandé un certain nombre d’organisations de la société civile canadienne.

2) Une équipe indépendante est nécessaire afin de superviser et diriger une approche pangouvernementale des opérations de paix de l’ONU.

3) La Direction des politiques de maintien de la paix du Ministère de la Défense devrait être élevée à un commandement CF, dirigé par un major-général de soutien.

4) Une capacité de recherche indépendante est nécessaire pour élaborer des analyses sérieuses, des idées, des plans et des propositions pertinentes pour l’élaboration des politiques. L’ancien Institut canadien pour la paix et la sécurité internationales, initié par l’ancien premier ministre Pierre Trudeau, demeure un modèle à suivre.

5) Un « Forum des opérations de paix » pourrait également être restauré car il s’est avéré être un moyen rentable de coordonner et d’informer à la fois la société civile et les responsables gouvernementaux sur les récents développements dans ce domaine.

6) Le Canada pourrait répondre à l’appel lancé par les Nations Unies en 2005 pour la transformation de la capacité de Guerre froide des forces armées avancées en opérations de paix de l’ONU, comme suit :

  • Confier à deux régiments de génie des forces canadiennes, à un régiment de soutien du génie et à un régiment de construction, le soin de se tenir prêts pour les opérations de paix de l’ONU ;
  • Désigner trois des cinq avions CC-177 Globemaster III des forces canadiennes à l’appui de l’escadre stratégique de l’ONU et huit des seize avions CC 130J des forces canadiennes à l’appui de l’escadre tactique ;
  • Préparer un hôpital de campagne mobile pour se spécialiser dans la fourniture d’une aide humanitaire rapide dans les opérations à l’étranger, et ;
  • À tour de rôle, l’un des trois groupes-brigades des forces canadiennes pourrait être désigné et préparé en tant que formation de réserve de haut niveau de préparation pour les opérations de paix de l’ONU.

7) Le Canada doit créer un centre de formation dédié aux opérations de paix.

Enfin, il est évident que la préférence officielle pour des réformes pragmatiques et progressives ne fournit pas une capacité fiable pour le déploiement rapide de l’ONU. Les gouvernements restent réticents à déployer du personnel et des ressources pour des opérations comportant des risques. Ainsi, la prévention et la protection sont des priorités louables de « Responsabilité de protéger », mais des objectifs ingérables en l’absence de capacités appropriées de l’ONU.

8) L’actuel gouvernement Trudeau pourrait soutenir la proposition canadienne d’un service de paix d’urgence des Nations Unies (UNEPS). Cette idée découle de l’étude de l’ancien gouvernement libéral pour l’Assemblée générale des Nations Unies, « Towards A Rapid Reaction Capability for the United Nations ». Avec ce développement – en réalité un « premier intervenant » pour les situations d’urgence complexes – l’ONU disposerait enfin d’une capacité rapide et fiable pour accomplir quatre de ses tâches les plus dures, à savoir prévenir les conflits armés et les atrocités de masse, protéger les civils en grave situation de risque, assurer le démarrage rapide d’opérations de paix exigeantes et répondre aux besoins humains là où d’autres ne peuvent pas le faire ou ne le feront pas.

9) Un réexamen fondamental des approches et des priorités en matière de sécurité n’a que trop tardé. Le concept général de « sécurité commune durable » mérite d’être pris en considération. Il encourage une coopération internationale plus profonde, requise pour relever les défis mondiaux actuels et futurs.

« N’apprendrons-nous jamais ? »


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